Historique de DAA 

Nathalie C., fondatrice de DAA 

Petite histoire de la fondation du premier groupe DAA au Canada  

Nathalie C. a fondé la fraternité DAA en 1985 à Montréal au Canada. Voici ce qu'elle a écrit à ce propos.

« La nécessité est la mère de l’invention »

« Pendant les années 80, je vivais une relation déchirante dont je n’arrivais pas à me sortir. Incapable d’y mettre un terme, je souffrais de me sentir rejetée et malaimée. En fait, je revivais mes blessures d’enfance où j’avais désespérément essayé de me rendre disponible un père souvent absent. Mon amant de l’époque, un homme marié, représentait parfaitement ma tentative malhabile de remédier à ma blessure originelle : je tentais encore une fois la mission impossible de retenir l’attention et l’affection d’un homme non disponible … ce en quoi j’échouais lamentablement. Et j’avais très mal.

J’étais tourmentée et obsédée par l’injustice de la situation : pourquoi la Vie ne me présentait-elle pas la relation aimante et satisfaisante à laquelle j’aspirais et avais droit? Je prenais de longues marches en martelant la question « comment puis-je me sortir de cette galère? » C’est alors que ma petite voix intérieur m’a soufflé « pour en sortir, il faut passer par l’intérieur ». Je compris que je devais faire une démarche de croissance personnelle.

C’est à ce moment que, comme par hasard (!), je rencontrai David Rayne-Willard qui avait fondé en Californie le premier groupe Co-DA (Co-Dependents Anonymous ) et qui était un proche de Pia Mellody (Facing Codependence) et Melody Beattie (Codependent no more). Suite à notre conversation, David me donna les documents nécessaires pour ouvrir un premier groupe au Canada.

Après avoir dévoré les livres des pionnières américaines, j’ai d’abord beaucoup pleuré en identifiant toute la souffrance associée à ma dépendance affective. Puis, pour la première fois, j’ai eu espoir de pouvoir me sortir de « mon enfer amoureux».

C’est donc la souffrance et l’espoir qui ont été le moteur et ma motivation pour ouvrir un premier groupe de « co-dependents anonymous » parce que j’en avais désespérément besoin !

Comment est venu le nom « Dépendant Affectif Anonyme »

J’ai alors commencé à traduire les documents que David m’avait remis et mon premier obstacle fut de traduire le terme « co-dependent ». Comme le terme co-dépendant ne faisait pas encore partie du vocabulaire en français (je parle ici du début des années 80), j’ai choisi d’inventer un mot qui ne fasse pas référence aux comportements problématiques d’une autre personne, mais plutôt un terme qui serve à susciter une identification à la première personne : « ça, c’est moi tout craché ! ».

Après quelques essais infructueux, j’ai déniché le terme « dépendant affectif » (qui, je vous le rappelle, n’existait pas encore) et l’ai testé sur mes amis qui ont confirmé sa justesse et son à propos. Et c’est ainsi qu’est née l’appellation « Dépendant Affectif Anonyme » qui prévaut aujourd’hui, bien que le terme « co-dépendant » soit aussi passé dans l’usage courant.

La première réunion « Dépendant Affectif Anonyme »

Une fois terminée la traduction des outils pour tenir une réunion : les définitions, le préambule, les étapes et les traditions, etc. je me mis à la recherche d’une salle pour tenir cette première réunion. La Maison Jean-Lapointe eu la générosité de mettre leur grande salle à notre disposition. Par ailleurs, cette salle hébergeait déjà d’autres groupes du mouvement à douze étapes tels AA, NA, Alanon, et autres.

La date fut fixée, une affiche imprimée et j’attendis anxieusement pour voir qui aurait le courage de se présenter. Ma peur était que mon invitation n’attire que des femmes, plus habituées à parler de leurs relations et de leurs émotions. J’avais tellement besoin d’avoir aussi des hommes avec qui partager pour les comprendre et décoder leurs comportements. À mon grand émerveillement, nous étions cinq à participer à cette réunion d’ouverture : trois femmes et deux hommes J’étais aux oiseaux !

Ce que ces hommes m’ont appris, c’est qu’ils expriment leurs émotions de façon différente. Ils m’ont dit : quand une femme a de la peine, elle se retire dans sa chambre pour pleurer; quand un homme a de la peine, il sort dehors et donne de grands coups de pied dans les pneus de sa voiture.

Au cours de ces premières réunions, nous avons partagé nos expériences douloureuses, comparé nos comportements, pris des notes, pleuré, demandé pardon, pardonné, et surtout avons acquis de l’empathie, cette capacité de comprendre ce que l’autre vit et d'"accepter sa différence.

Le groupe prenait tranquillement de l’ampleur. Pendant les six premiers mois, nous étions un noyau dédié de participants qui cheminaient ensemble. Plusieurs nouveaux venus n’y ont fait qu’une ou deux visites quand ils ont compris que le blâme et l’apitoiement n’étaient pas de  mise dans nos réunions; ils n’étaient pas encore prêts à faire le travail nécessaire pour apprendre à s’aimer et à se respecter eux-mêmes.

Puis, les groupes ont essaimé, d’abord à Montréal et en banlieue. Après deux ans, le groupe de la Maison Jean-Lapointe comportait régulièrement plus d’une centaine de participants. »

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Évolution de la fraternité DAA

Au début, chaque groupe fonctionnait de façon autonome, mais en 1992, les groupes décidèrent d'harmoniser leur fonctionnement et d’élire des Représentants de Groupe. La première réunion de ces représentants, l’Intergroupe, a eu lieu en 1992.

De plus, en 1998, les besoins toujours plus grands des membres et des groupes ont provoqué la création d'un Comité Administratif (CA) et d'un Comité des Responsables de Services (CRS).

L’installation d’une ligne téléphonique d'information fut faite en 1995 avec la création du comité d'info publique.

Et finalement, un site Internet a vu le jour en 1997 (www.daaquebec.org)

D'autre part, plusieurs documents ont été publiés pour une meilleure compréhension du Mode de Vie. Entre autres, les Étapes et les Traditions expliquées ont été publiés en 1997 et 1998. Puis un Manuel des Services a vu le jour en 2001.

Une expansion internationale a vu le jour dès 1999 avec l’ouverture du premier groupe en France.

Par la suite de la pandémie du Coronavirus, des réunions DAA se tiennent désormais aussi en ligne depuis 2020, ce qui permet de rejoindre des dépendants affectifs en région éloignée et en Europe.

DAA est en pleine expansion !

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Quelle est la différence entre la dépendance affective et la co-dépendance ?

Historique des mouvements à 12 Étapes

AA a été fondé en 1935 par Bill W. et Dr. Bob.

Dans les années 70 et 80, les centres de traitements pour alcooliques et toxicomanes avaient commencé à offrir de l'aide pour les membres de la famille de la personne qui était en traitement chez eux pour leur dépendance chimique (alcool et drogues). On avait institué des "programme d'aide à la famille" et on invitait ceux-ci à faire des réunions AlAnon,  conçu pour les conjoints.

La co-dépendance a été introduite comme concepts pour s'adresser à tous ceux qui étaient en relation avec quelqu'un qui consommait de l'alcool ou des drogues, pas seulement les membres da leur famille.

Puis EADA, Enfants Adultes d'Alcoolique, a été fondé pour les personnes qui ont grandi dans un foyer ou un des parents était alcoolique. Cette définition s'est par la suite élargie pour inclure les enfants qui avaient grandi dans "un foyer dysfonctionnel".

La dépendance affective, telle que conçue par Nathalie C., la fondatrice, se définit comme une difficulté relationnelle avec soi-même et avec les autres. Cette définition est beaucoup plus large et inclue tous les groupes cibles précédents. Par exemple, cette dynamique inclue ceux qui ont de la difficulté avec des relations au travail, avec leur voisins et les membres de leur communauté.

Chacun de ces groupes à 12 Étapes Al-Anon, Co-DA, EADA, aident leurs membres dans leurs difficultés relationnelles, mais leur publique cible peut varier d'un groupe à l'autre.


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